Italie: Un décret sanctionne la mendicité dans le centre-ville de Côme à Noël

Un décret « pour le décorum urbain du centre historique » signé par le Maire de Côme avant Noël est entré en vigueur pour sanctionner les sans-abri et les migrants qui mendient à Côme, dans le nord de l’Italie.

De nombreuses associations travaillant avec les sans-abri dénoncent que non seulement les mendiants et les sans-abri sont sanctionnés, mais qu’en plus, les associations et les bénévoles ne peuvent plus aider ces personnes, en leur apportant un café ou quelque chose à manger.

Un matin, comme ils le font depuis sept ans, quelques bénévoles se sont rendus à l’ancienne Église Saint-François de Côme pour distribuer un petit-déjeuner aux sans-abri, mais ils ont été empêchés de le faire car ce geste simple mais ô combien important serait contraire au nouveau décret de la municipalité.

Le décret, publié sur le site de la municipalité de Côme à la mi-décembre, spécifie qu’il s’applique au centre historique de la ville, en particulier près de l’ancienne Église Saint-François et d’autres lieux, où la police locale avait constaté des « problèmes de dégradation » causés par « des personnes en état d’ivresse qui assouvissent leurs besoins psychologiques dans le quartier », et à la suite de « la hausse du nombre de mendiants » aux quatre coins du centre-ville historique, utilisant souvent des méthodes invasives et insistantes pour recevoir de l’argent. 

Lisez un article du journal « La Repubblica » (en italien). Peu après, des associations et des citoyens ont manifesté contre cette décision

Vous trouverez ci-dessous quelques extraits traduits de la déclaration publiée par les organisations contre le décret :

« Nous restons intimement convaincus qu’il existe d’autres façons d’approcher ce problème (...) Nous pensons qu’il est erroné de placer différents phénomènes au même niveau, sans faire de distinction entre la mendicité, le sans-abrisme, le racket et la ventre de contrefaçons. »

« En tant qu’organisations travaillant depuis de nombreuses années dans le domaine de la grande précarité, nous ne considérons pas que les mesures qui se concentrent sur l’urgence sont les plus utiles. Nous pensons qu’il importe de développer des processus de changement qui impliquent l’ensemble de la communauté. Des processus efficaces, qui prennent en considération la complexité et la diversité des problèmes, des processus qui renforcent les connaissances de la grande précarité, de ses spécificités et des interventions possibles en matière de proximité relationnelle, de médiation sociale, d’accompagnement, de valorisation des ressources (nous ne pensons pas que les sans-abri sont toujours pauvres à tous les niveaux !), d’actions systémiques (...)

Certains instruments, au niveau juridique, luttent contre des phénomènes illégaux tels que l’aumône lucrative ou la vente illégale de contrefaçons, ce qui nous pousse à penser que cette nouvelle mesure est pour le moins superflue. Cela démontre également sa futilité. Nous sommes tous conscients que les amendes ne seront jamais payées et que les problèmes censés être combattus ne seront pas résolus avec ces mesures. Jusqu’à présent, les seules conséquences visibles semblent être l’humiliation et la marginalisation des personnes les plus faibles et les plus vulnérables de notre société, des personnes qui ont besoin de notre proximité et de notre soutien. » 

« L’autre conséquence était de toucher un groupe informel de citoyens et de bénévoles qui apportait chaque matin un café, une brioche ainsi qu’une relation de proximité, un contact humain irremplaçable avec les sans-abri. Nous avons également discuté avec des agents de la police locale qui sont de simples exécuteurs de la mesure et qui n’en sont pas responsables, mais nous souhaitons souligner que les bénévoles ont été explicitement invités à quitter l’ancienne Église Saint-François car ils risquaient d’être sanctionnés sur base du décret. »

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Subject: 
Criminalisation
Country: 

Fonds

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