FEANTSA & FIDH c. France. Réclamation collective n° 224/2023. [05.03.2026]

La réclamation

La réclamation collective a été introduite par FEANTSA et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) contre France. Elle porte sur le recours croissant à des arrêtés municipaux réprimant des comportements couramment adoptés par les personnes en situation de sansabrisme dans l’espace public, tels que la mendicité et d’autres activités liées à la survie. 
 
Les organisations requérantes soutenaient que l’absence de dispositions légales ou réglementaires spécifiques, au niveau national, permettant d’encadrer la multiplication et le contenu de ces arrêtés démontre que le cadre juridique français n’offre pas une protection suffisante aux personnes sans domicile. Elles faisaient valoir que ces mesures s’inscrivent dans un ensemble de politiques qui pénalisent la pauvreté, renforcent l’exclusion sociale et affectent de manière disproportionnée les personnes vivant dans une extrême précarité. 
 
La réclamation alléguait des violations des articles 1 (droit au travail), 11 (droit à la protection de la santé), 30 (droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale), 31 (droit au logement) et de l’article E (non-discrimination) de la Charte sociale européenne révisée, pris isolément ou combinés. 
 
Le Comité européen des droits sociaux a déclaré la réclamation recevable le 17 octobre 2023.

 

La décision sur le bien-fondé

Dans sa décision sur le bien-fondé du 5 mars 2026, le Comité européen des droits sociaux a conclu à la violation de la Charte sociale européenne par la France. 
 
Le Comité a adopté une interprétation substantielle, contextuelle et fondée sur les droits de l’article 30, soulignant que les mesures répressives visant la mendicité et des comportements similaires doivent être appréciées à la lumière de la situation structurelle de pauvreté et de sans-abrisme, et non comme de simples mesures isolées de maintien de l’ordre public. 
 
Le Comité a constaté que les arrêtés contestés : 
  • portent directement atteinte aux conditions de survie des personnes sans domicile ;  

  • ont des effets négatifs sur la santé et l’accès aux services sociaux et de santé ;  

  • ont des conséquences indirectes mais significatives sur l’accès au logement ;  

  • renforcent la stigmatisation, la marginalisation et l’exclusion sociale.  

Il a rejeté les justifications fondées sur l’attractivité économique, les considérations générales d’ordre public ou des perceptions d’insécurité, estimant qu’elles sont insuffisantes et, dans certains cas, empreintes de préjugés. 
 

Principales violations constatées

La décision met en évidence les violations suivantes : 

  • Article 30 – Droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale 
    Le Comité a jugé que les approches punitives à l’égard de la pauvreté sont incompatibles avec l’article 30. La criminalisation de comportements liés à la survie dans l’espace public aggrave l’exclusion sociale et compromet l’accès effectif aux droits fondamentaux.  

  • Absence de recours effectifs (article 30) 
    Le Comité a constaté une violation autonome de l’article 30 en raison de l’absence de recours effectifs, relevant notamment :  

  • le contrôle limité et peu effectif exercé par les autorités préfectorales ;  
  • la durée excessive des procédures juridictionnelles ;  
  • l’effet dissuasif insuffisant des annulations judiciaires ;  
  • l’impossibilité matérielle pour les organisations de la société civile de contester le grand nombre d’arrêtés en vigueur.  
  • Article E combiné avec l’article 30 – Non-discrimination 
    Le Comité a conclu que les mesures en cause constituent une discrimination indirecte, dans la mesure où elles affectent de manière disproportionnée les personnes en situation de pauvreté et de sans-abrisme, même en l’absence d’intention discriminatoire explicite.  

Bien que le Comité ait examiné les effets plus larges de ces mesures sur la santé (article 11) et le logement (article 31), il a choisi d’intégrer ces considérations dans son analyse au titre de l’article 30, reconnaissant le caractère interdépendant et systémique des violations constatées. 

 

Portée de la décision

Cette décision constitue un arrêt de principe sur la pénalisation de la pauvreté dans l’espace public. Elle : 

  • consacre l’article 30 comme norme centrale pour contester les politiques répressives ciblant le sans-abrisme ;  

  • reconnaît l’impact cumulatif et systémique de la réglementation de l’espace public sur les droits sociaux ;  

  • affirme le rôle essentiel des organisations de la société civile dans la contestation des violations structurelles ;  

  • offre une base jurisprudentielle solide pour remettre en cause des mesures similaires dans d’autres États membres du Conseil de l’Europe.  

La décision confirme que les politiques pénalisant la pauvreté ne répondent pas au sans-abrisme et contribuent, au contraire, à approfondir l’exclusion sociale, en violation de la Charte sociale européenne. 

 

Décision sur le bien-fondé

Décision sur le bien-fondé de la réclamation collective n° 224/2023 : https://hudoc.esc.coe.int/?i=cc-224-2023-dmerits-fr 

 

French
Jurisdiction: 
Conseil de l'Europe - Comité des Droits Sociaux - Charte Sociale Révisée
Article 30 - Droit à la protection contre la pauvreté et l'exclusion sociale
Article 31 - Droit au logement
Article E - Non discrimination
Subject: 
Criminalisation
Droit au logement
Sans-abri
Country: 

Fonds

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